Débat avec Willy Demeyer dans «Le Soir»
Lundi, le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a publié une «carte blanche» dans le journal «Le Soir» intitulée Liège, capitale européenne de la Culture ? Fausse bonne idée. Nous lui avons répondu ce jour avec un texte intitulé « Liège 2015 » est une opportunité démocratique dont voici la transcription :
« Liège 2015 » est une opportunité démocratique
Monsieur le bourgmestre de Liège, vous avez pris la plume, il y a quelques jours dans Le Soir, pour justifier votre refus d’engager notre ville dans une candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 (1). Nous vous remercions de cet engagement concret dans le débat public.
Il est vrai que votre choix est particulièrement fort. Alors que tout est encore possible – chaque ville du pays peut présenter une précandidature au plus tard le 1er mars prochain, la sélection finale se faisant en 2010 –, alors que plus de 16.000 citoyens de votre commune ont déjà manifesté par écrit leur désir de lancer le projet (tandis que des milliers d’habitants des communes voisines, non moins « Liégeois » que les précédents, auraient voulu faire de même), alors que la consultation populaire est désormais imminente, alors que votre prédécesseur, M. Dehousse, ainsi que de nombreux membres de votre majorité se sont positionnés ces dernières années en faveur de la candidature liégeoise, alors que vous écrivez que « Liège est à coup sûr la ville la plus culturelle de Wallonie »… vous restez ferme sur votre position.
Somme toute, si nous vous lisons bien, votre refus campe sur une raison unique mais conséquente : la loyauté vis-à-vis de vos partenaires et de l’idée que vous vous faites de la Wallonie. À première vue, cette posture vous honore.
Elle pose cependant question en faisant primer, anticipativement et par principe, un accord politique sur la volonté populaire. Nous pensons que la Belgique francophone a trop souffert et souffre encore trop de cette culture des « grands accords », qui voit des décisions importantes se prendre dans le confort discret des cabinets ministériels plutôt qu’au vent libre et roboratif des assemblées parlementaires et du débat contradictoire tenu en public.
La stimulation du débat à laquelle nous aspirons devrait notamment permettre de s’interroger sur la culture elle-même. La culture n’est pas un concept univoque ; la culture ne peut pas être conçue comme un unanimisme derrière lequel tout le monde serait sommé de se regrouper. Parler de « la » culture ne va donc pas sans ménager des espaces conséquents pour la confrontation mais aussi pour la coexistence de la pluralité de ses conceptions et de ses pratiques.
Dès lors, là où vous proclamez que « Liège va bien ! », qu’elle est, écrivez-vous, « désormais dans la lumière », nous faisons quant à nous un bilan plus nuancé de la situation. Certes, les comptes communaux sont sortis du rouge et la moindre des choses est de vous en faire crédit, à vous à aux échevins des finances qui ont œuvré depuis vingt ans. Certes, d’importants investissements ont été ou vont être réalisés dans les infrastructures.
Pourtant, les conditions d’exercice des créateurs et des petits acteurs culturels restent généralement précaires, sinon très précaires. Pourtant, la culture populaire, ce grand idéal démocratique, a été largement dévoyée dans une veine spectaculaire marchande. Pourtant, la cohérence de la politique culturelle à Liège pose sérieusement question – l’éviction programmée du musée d’art moderne et d’art contemporain (MAMAC) au profit d’un très vague projet de « Kunsthalle » en étant devenue le symbole.
De ce point de vue, l’enjeu est moins à nos yeux d’organiser un « grand événement » à Liège – 2015 n’est pas une fin en soi – que d’y construire un projet. Il est moins, surtout, de dépenser un argent que nous n’avons pas dans de nouvelles infrastructures que de mieux utiliser celles – déjà nombreuses – que nous avons ou aurons d’ici là. De ce point de vue, la capitale européenne de la culture nous semble une opportunité idéale : il reste trop peu de temps pour autoriser les ambitions démesurées, il en reste suffisamment pour habiter et relier.
Reste que, en tant que lieu de création, dans tous les domaines, Liège n’a pas d’équivalent en Wallonie. Le « sous-régionalisme », selon nous, se trouve dans la négation de cette réalité. Il se trouve, plus généralement, dans le déni du fait urbain, du rôle central et structurant des grandes villes que sont Liège et Charleroi, déni dont les institutions wallonnes sont porteuses depuis leur création. Quand, en outre, le monde politique s’engage à cloisonner une procédure de concours au profit d’un seul candidat, le sursaut des citoyens visant à plus de transparence et d’équité ne saurait, sans une inébranlable mauvaise foi, être considérée comme une mauvaise idée inspirée par un orgueil sous-régionaliste.
Pour toutes ces raisons, nous persistons : loin de tout populisme et dans le respect de la candidature montoise ou de toute autre, il y a de sérieuses raisons de présenter la candidature de Liège comme capitale européenne de la culture en 2015. Nous vous demandons de bien vouloir l’entendre.
(1) La Carte blanche de Willy Demeyer, bourgmestre de Liège, était titrée « Liège, capitale européenne de la Culture ? Fausse bonne idée » ; elle a été publiée dans ces colonnes le 20 octobre.

