Boulevard de l’avenir : un autre point de vue…

Voici une plaque de rue de Liège dans le quartier Amercoeur.
Cela ne s’invente pas.
C’est un peu le sentiment qui m’a habité quelques heures après des résultats auxquels il était difficile de croire. Si près du but… C’est un sentiment de frustration, un peu douloureux à lire sur des visages devenus familiers au fil des semaines puis des mois passés ensemble dans un combat difficile, mené par une poignée de simples citoyens, sans vraiment d’autres moyens que leurs convictions, leur intelligence et quelques salutaires coups de main.
Je suis fier d’avoir fait partie de l’aventure, je suis fier de nos contradictions, je suis fier de Liège, de ses concitoyens de toutes origines, de tous âges, de toutes conditions. Je remercie chacune des personnes qui ont pris la peine de débattre, d’écouter, de réfléchir, de s’investir et de participer au rêve d’une communauté de destin à écrire ensemble, chacun à leur mesure ; car c’est bien là l’enjeu qui s’est progressivement esquissé au-delà de l’obtention du titre de Capitale culturelle.
Quelques esprits chagrins pointeront évidemment telle ou telle carence du collectif, tel ou tel défaut de communication ou de motivation, reprocheront « aux Liégeois » de ne s’être pas ou de trop s’être… C’est bien naturel dans ce qui a été un débat parfois passionné opposant diverses visions de la démocratie et des citoyens, de la culture, de son rôle, de ses acteurs…
Pour nous qui avons été sur le terrain depuis des mois, nous savons cependant qu’il n’en est rien. Nous avons fait selon nos moyens, matériellement dérisoires ; en nous trompant quelques fois. Mais les gens que nous avons rencontrés forcent le respect par l’intelligence de leur propos, de leurs aspirations, de la considération et de la patience dont ils font preuve. Ils forcent le respect par leur amour de leur ville qui se traduit par autant d’investissements personnels ou collectifs, trop peu mis en lumière. Nous avons pu montrer, je pense, qu’avec la volonté et l’écoute, on peut décloisonner et battre en brèche les idées reçues, tenter d’éclairer ces aspirations à améliorer notre destin commun. Nous n’avons pas eu le temps matériel de poursuivre ce travail de terrain passionnant, tenus par des échéances insupportables ; mais il est pour moi évident que les Liégeois se sont mobilisés.
La certitude que je conserve de ces semaines tellement riches en rencontres est que Liège a définitivement besoin que ses différentes composantes travaillent en bonne intelligence, ouvrent les portes et apprennent à cultiver l’écoute, puis l’action en concertation. Cela ne pourra se faire que par la prise de conscience des autorités locales et du personnel politique en général qu’il y a un réel déficit : trop de gens ne se sentent pas assez écoutés ni considérés sans qu’on puisse leur donner tort. Je pense que l’attitude des autorités - peut être déroutées par la forme inédite du « collectif » - , oscillant entre circonspection et opposition au processus, marque une réelle distorsion avec les ambitions de démocratie participative par elles affichées. Ces maladresses - pour ainsi les nommer - ont détruit du lien et de la confiance. Il faudra veiller rapidement à reconstruire et tirer des enseignements profitables pour l’avenir de la collectivité dans toutes ses composantes.
Je pense aussi qu’il est nécessaire - indispensable - que les citoyens de conviction retiennent qu’à force de mobilisation, on peut faire bouger les choses. La démocratie participative « doit » pouvoir exister dans de bonnes conditions, indispensable complément d’une démocratie représentative trop sure d’elle et distante.
Je pense qu’il est temps de passer à une démocratie plus responsable, plus ouverte, moins cloisonnée et, pour tout dire, moins partisane. Les nombreuses marques de sympathie reçues par le collectif, de toutes parts, me laissent confiant sur cet aspect des choses et me portent à penser qu’il ne s’agit aucunement d’une utopie. C’est un chemin à poursuivre avec opiniâtreté et sérénité.
Je crois que l’art et la culture, quand ils sont assez libres, sont aux avant-postes de cette nouvelle voie. Je crois profondément que la culture et la poésie forgent l’avenir et les espoirs communs. La racine grecque du mot « poésie », c’est ποιεῖν (poiein) ; cela veut dire « faire ».
20 000 fois merci, car il s’agit bien de cela. Merci à tous les membres du collectif qui ont permis de poursuivre cette aventure sans précédent.
Continuons de rêver : il est temps que Liège s’enrichisse d’un Boulevard de l’Avenir, grand, ouvert, clairement tracé et à dimension humaine.
Gérard Fourré
ps : Merci à ma famille et à mes amis pour leur soutien et leur compréhension.

















